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Philippines - Portrait de Annie Ponce, guérisseuse sur Siquijor, l'île aux sorcières 

Mis à jour : 29 août 2019

"L'île mystique" C'est ainsi qu'est surnommée l'île de Siquijor. Les superstitieux parlent de sorcières, de chamanes, d'esprits et de magie noire. Il s'agit surtout de "guérisseurs" ou MANGKUKULAM aux pratiques alternatives associant pour certains les plantes, les incantations et les prières. C'est ici que nous avons décidé de poser nos sacs pour les 10 derniers jours de notre périple philippin. Pas de Jeepney ni de bus, le moyen de locomotion indispensable est le scooter - un conseil louez votre scooter a votre arrivée au port, 250 pesos/jour est une bonne négo. Nous partons donc cheveux au vent (les casques étant une invention farfelus des occidentaux !) à la découverte des criques désertes, des cascades turquoises, les stands de poissons grillés et des bars sur la plage avec vue imprenable sur le coucher de soleil. Mais surtout, nous partons à la rencontre des guérisseurs, des sorciers ou des "healers" comme on les appellent ici.

À la recherche d'une femme guérisseuse Avant de partir sans réfléchir, nous menons notre petite enquête car nous avons une idée précise en tête : rencontrer une femme guérisseuse. Il existerait une famille de guérisseurs, les "Ponce" qui vivrait près de la ville de Cantabon, sur les hauteurs de l'île. Une des filles de cette famille, Annie, serait célèbre dans la région. Notre objectif étant fixé, il ne restait plus qu'à partir en mission ! On enfourche donc notre bécane en direction du centre de l'île. Pour y accéder depuis la ville de San Juan, la route est sinueuse et grimpe parfois assez raide. On traverse des petits villages authentiques, figés dans le temps et on découvre une vue dégagée au sommet. Il nous faudra environ une heure d'ascension pour arriver au village de Cantabon. Au minuscule office de tourisme, nous demandons à parler à Annelyne, secrétaire guide touristique du Barangay Hall de Cantabon. C'est une fine connaisseuse des différents "healers" des environs. Heureusement pour nous, elle est disponible, nous lui expliquons notre envie de rencontrer une femme guérisseuse et immédiatement elle nous invite à la suivre en scooter. On touche au but ! Elle fonce sur les chemins escarpés et manque de nous semer à plusieurs reprises. Après un quart d'heure de course folle, nous finissons par arriver devant la maison d'Annie Ponce.

Rencontre avec la guérisseuse Le décor nous plonge dans un décor de film. Il s'agit d'une maison en bois faite de bric et de broc. Elle est entourée de palmiers et isolée du village et entourée d'une forêt dense. Du linge sèche, des poules gambadent, un grassouillet cochon vit au milieu des détritus à l'arrière de la maison. Des pneus, des sacs, des bidons, des noix de coco et des déchets jonchent le sol un peu partout.. C'est un environnement un peu surprenant pour une femme guérisseuse, qui soigne les gens... On s'imaginait plutôt une maison mieux entretenue avec des plantes et une ambiance accueillante et chaleureuse. On vient quand même ici pour se faire soigner grâce à mère "nature" ! Annelyn nous invite à la suivre à l'intérieur: - "This is the house of Annie Ponce the healer, you can come in." (C'est la maison de Annie Ponce la guérisseuse, vous pouvez entrer) Ce qui nous frappe en entrant c'est l'étagère couverte de figurines et d'effigies religieuses qui nous fait face. Un lino coloré en piteux état amène un peu de couleur dans cette pièce sombre. La déco est sommaire, un banc en bois et un meuble avec chaine hifi, télévision et tout un tas de bric à brac composent la pièce. Une légère odeur d'encens flotte dans l'air. Annie vient à notre rencontre et nous propose immédiatement de faire une séance.

Nous avons testé à tour de rôle Il y a plusieurs catégories de "healers" sur l'île de Siquijor: - les premiers se servent des plantes qu'ils peuvent recolter sur l'île. Ils en font des mixtures, du thé ou les brûlent. Ils concoctent aussi des onguents traditionnels dont les recettes se transmettent de manière orale de génération en génération - les seconds recitent incantations et prières - les derniers pratiquent le bolo bolo (pour résumer, le sorcier plonge une pierre magique noire dans un verre d'eau. Il promène ce verre le long de votre corps en soufflant dans une paille. L'eau va subitement changer de couleur pour indiquet l'endroit où le mal vous habite. L'opération est répétée plusieurs fois... ) Annie Ponce fait partie de la première catégorie. Ceux-là, on les appellent plutôt guérisseurs que sorciers ou chamans. La connaissance des plantes et ses bienfaits n'a rien de mystique. Charlotte passe la première entre les mains de Annie. Puis c'est mon tour... La séance se déroule toujours de la même manière: - on s'assoit sur une chaise au milieu de la pièce - Annie pose ses doigts sur notre poignet et prend notre poul - Elle applique ensuite une huile à base de plantes sur nos épaules et notre nuque et nous masse avec vigueur - Elle allume un brasier de plantes qui dégage une fumée épaisse qu'elle place sous notre chaise et nous entoure d'un grand drap pour que la fumée nous enveloppe - Elle continue son massage en récitant à voix basse des prières secrètes en latin car " elle est catholique" nous explique t elle ensuite - Régulièrement, elle pose son pouce sur notre front. Ces différents mouvements de massages sont répétés plusieurs fois. Annie retire finalement le drap, nous invite à nous assoir sur l'unique banc et nous apporte une infusion de plantes. La séance qui aura duré une dizaine de minutes par personnes est terminée.

Il n'y a pas de prix fixe, Annie nous montre une petite boîte sur laquelle est écrit: "Donation". Le tarif est à l'appréciation de chacun. On y laisse 200 pesos chacune. Il n'y a pas d'autre client qui attend, tant mieux, Annie à donc du temps devant elle, nous en profitons pour la questionner sur sa vie, sa famille, ses pratiques, etc... Toutes ces infos vous les retrouverez prochainement dans notre documentaire: "À la rencontre des femmes du monde."

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